Ende Gelände : pourquoi les animalistes doivent soutenir la lutte contre les énergies fossiles

 

Du 24 au 29 août, 15 activistes de Earth Resistance se sont joint-es à des milliers de militant-es européens pour occuper le bassin minier du Rhin en Allemagne, afin de protester contre l’extraction des combustibles fossiles.

L’enfer des mines à ciel ouvert

Dans ce bassin minier gigantesque de 9000 hectares se trouvent plusieurs mines à ciel ouvert, et plusieurs centrales à charbon. Ces 9000 hectares pourraient être, ont été, des forêts, des prairies, des villages, des champs. De la vie qui s’épanouissait dans ces lieux, il ne reste pas grand chose. De la poussière de charbon à perte de vue, des collines de sable, un air à peine respirable, du vide en gris et marron, interrompu seulement par les sinistres silhouettes des géantes excavatrices. Chaque année, le groupe énergétique allemand RWE y extrait environ 1000 millions de tonnes de charbon dans 3 mines à ciel ouvert, Hambach, Inden et Garzweiler. RWE ne compte pas s’arrêter là : l’entreprise veut continuer d’agrandir ses mines, mais pour agrandir, il faut de l’espace. Un espace déjà occupé par des villages parfois centenaires, par des forêts où vivent des animaux, par des espaces agricoles qui servent à nourrir la population. Humain-es et animaux sont chassés de leur habitat, villages et forêts sont détruits et rasés pour que puisse être satisfaite la gloutonnerie de l’entreprise énergétique.

L’extractivisme, un problème d’humain-es ?

La lutte contre les énergies fossiles et la pollution qu’elle engendre est souvent targuée d’anthropocentrisme et les mots de “justice climatique” sous-entendent une la justice… pour les humain-es. Celles et ceux qu’on chasse de leur foyer pour extraire du minerai, qui sont victimes des tsunamis, sécheresses, inondations liés au dérèglement climatique. Les humain-es dont on pollue les eaux, l’air et les sols pour assouvir la soif en énergie des pays les plus fortunés et des comptes en banque des multinationales.

Mais les animaux sont-ils immunisés contre la pollution de l’air et les eaux empoisonnées ? Sont-ils préparés face aux événements extrêmes liés au changement climatique ? Peuvent-ils se défendre face aux feux de forêts ravageurs, aux inondations, aux tsunamis ?

Une étude (1) montre que près de la moitié des mammifères terrestres menacés et un quart des oiseaux subissent les conséquences du changement climatique. Le changement climatique peut réduire l’accès à l’eau et à la nourriture, répandre des maladies, les habitats se réduisent ou se modifient trop vite pour que les animaux puissent s’adapter.

La condition des animaux sera toujours précaire et pleine de danger dans un monde où les entreprises ont le droit de s’approprier chaque mètre carré de terre (ou de mer !) dont elles peuvent tirer profit. Quand le capitalisme fait la loi, il y a très peu de place pour les droits des humain-es… alors que dire de ceux des animaux ? Demander à ce que l’on cesse de séquestrer, de torturer, de chasser et de tuer des animaux est un impératif, mais ne suffira pas si leur habitat est constamment menacé. Chaque être sur cette planète a le droit d’y vivre et d’y mener une existence, et les animaux, tout comme les humains, ont un droit fondamental à l’habitat. Or ce droit est nié et bafoué chaque fois qu’une grosse entreprise convoite une terre – les animaux sauvages sont les plus vulnérables dans ces situations.

Ce droit fondamental n’est pas seulement transgressé par cette méthode violemment explicite et directe qu’est l’expropriation des terres, la déforestation organisée, la destruction intentionnelle des zones humides. Il l’est de bien d’autres façons, bien plus insidieuses, fourbes, ignorées. Par les pollutions répétées de nos activités industrielles et les conséquences non assumées du changement climatique sur les habitats des animaux.

Animaux et humains ont également le droit de vivre dans un environnement sain, de respirer un air pur et de boire une eau qui ne soit pas polluée. Ce n’est pas compatible avec l’exploitation de charbon, qui émet des particules fines dans l’air. Celles-ci affectent les poumons et le cœur et sont à l’origine de maladies respiratoires chroniques, de bronchites, de cancers du poumon etc…

Animaux et humain-es, tou-tes menacé-es par le changement climatique

Le charbon est l’énergie la plus émettrice de gaz à effet de serre. La « nécessité de lutter contre le changement climatique », voilà des mots qui sont dans la bouche de tous nos politiciens et dans tous les journaux – peu osent, à l’instar de Donald Trump, afficher ouvertement une position climatosceptique. Des mots qui ont conduit à la signature de l’Accord de Paris en 2015 pour limiter le changement climatique à 2°C d’ici la fin du siècle. Ces mots sonnent de manière très cynique. L’Allemagne, pourtant très en avance sur les énergies renouvelables, est le premier pays producteur de charbon brun. Les scientifiques sont quasi unanimes : si nous voulons rester en deça de 2°C de réchauffement d’ici à la fin du siècle, nous devons laisser toutes les énergies fossiles dans le sol, c’est aussi simple que cela. Ce constat qui ne laisse aucune ambiguïté n’empêche pourtant pas l’Allemagne d’accorder des permis à l’industrie minière pour développer l’exploitation du charbon.

Cette lutte est symptomatique du mal de nos sociétés : la planète, les humains et, bien entendu, les animaux sont tout en bas de la liste des priorités de nos gouvernements qui protègent avant tout l’intérêt des entreprises.

Le changement climatique n’est plus un problème du futur : il a déjà des conséquences partout dans le monde, dans les pays insulaires et sur les côtes, directement menacés par la montée du niveau des océans, par les catastrophes climatiques tels que les ouragans, les inondations, les sécheresses qui poussent de nombreuses personnes humaines et animales à s’exiler.

Animalistes, écologistes… par delà les étiquettes, luttons ensemble pour la justice pour tous

Une douzaine de courageux activistes de Ende Gelände ont marché pendant des heures, se cachant des gardes de la sécurité, voitures de police et hélicoptères qui cherchaient la zone, pour pénétrer dans la mine de Garzweiler et déposer une banderole gigantesque sur l’une des excavatrices, afin d’interpeller sur la nécessité d’en finir avec les fossiles. La banderole représente des animaux et la végétation qui reprennent le contrôle sur la mine à charbon.

Laissons aux animaux leurs forêts, aux humains leurs villages. Laissons la planète respirer. Back to wild.

Crédit photo : L’Oeil d’Elusor

(1) http://www.nature.com/nclimate/journal/v7/n3/full/nclimate3223.html